Passer sa SCI de l’impôt sur le revenu à l’impôt sur les sociétés attire de plus en plus d’associés, souvent séduits par la perspective d’amortir leur bien immobilier. Cependant, cette décision est loin d’être anodine : elle déclenche une véritable “cessation fiscale” au sens de l’administration, avec des conséquences immédiates sur l’imposition de la SCI. Avant de basculer, mieux vaut donc comprendre précisément le calendrier à respecter, le caractère irrévocable de l’option, et les pièges qui piègent le plus souvent les associés mal préparés.
Pourquoi certains associés envisagent le passage à l’IS
Par défaut, une SCI relève de l’impôt sur le revenu : chaque associé est imposé directement sur sa quote-part de résultat, dans la catégorie des revenus fonciers. La société est dite “translucide, l’administration fiscale regarde à travers elle pour taxer directement les associés.
Or, ce régime ne permet pas de pratiquer d’amortissement sur le bien immobilier. C’est précisément là que l’IS devient tentant : en basculant, la SCI peut déduire l’amortissement du bâtiment de son résultat imposable, ce qui réduit mécaniquement la base taxable chaque année.
puis 25 % au-delà
Le calendrier à respecter pour exercer l’option
L’option pour l’IS doit être notifiée au service des impôts des entreprises (SIE) dont dépend la SCI, par courrier ou via la messagerie sécurisée d’impots.gouv.fr, avant la fin du troisième mois de l’exercice au titre duquel la SCI souhaite être soumise à l’IS.
Concrètement, pour une SCI qui clôture son exercice au 31 décembre et souhaite basculer dès 2026, la demande doit être déposée avant le 31 mars 2026. Passé ce délai, il faudra attendre l’exercice suivant.
Ce qui se passe réellement au moment du basculement
C’est ici que se situe le principal piège du changement de régime : sur le plan fiscal, passer à l’IS est assimilé à une cessation d’activité au sens de l’article 202 ter du Code général des impôts. Autrement dit, l’administration considère que la SCI “arrête” son activité sous l’IR pour en recommencer une nouvelle sous l’IS, ce qui entraîne l’imposition immédiate :
- des bénéfices non encore taxés à la date du changement ;
- des plus-values latentes sur l’ensemble des éléments de l’actif immobilisé, notamment le bien immobilier.
Autrement dit, si votre bien immobilier a pris de la valeur depuis son acquisition, cette plus-value “dormante” devient taxable du jour au lendemain, sans même que le bien ait été vendu.
Le mécanisme qui permet d’éviter la double peine fiscale
Heureusement, le législateur a prévu une soupape : l’atténuation conditionnelle, prévue à l’article 202 ter, II du CGI. Ce dispositif permet de différer l’imposition des plus-values latentes plutôt que de la subir immédiatement.
Pour l’activer, la SCI doit déposer un bilan d’ouverture de son premier exercice à l’IS dans un délai de 60 jours suivant l’option, accompagné d’une déclaration de résultat (formulaire 2072). C’est ce dépôt qui matérialise, en pratique, le choix effectué.
À ce stade, un arbitrage important se présente :
- inscrire les biens à leur valeur vénale (valeur réelle au jour du changement) : la plus-value latente est alors imposée immédiatement, mais la base amortissable à l’IS devient plus élevée, donc plus favorable les années suivantes ;
- inscrire les biens à leur valeur d’origine : la plus-value reste en sursis d’imposition, mais la base amortissable est plus faible, donc l’économie d’impôt annuelle sera moins importante.
L’irrévocabilité : la clause qui engage sur le long terme
Depuis la loi de finances 2019, l’option pour l’IS n’est pas immédiatement figée : les associés disposent d’une fenêtre de cinq exercices pour revenir en arrière et renoncer à l’option. Passé ce délai, en revanche, le choix devient définitivement irrévocable.
Or, un retour à l’IR après ce délai, s’il était possible, serait lui-même assimilé à une nouvelle cessation d’activité, avec, cette fois, l’imposition immédiate des plus-values latentes accumulées sous l’IS et des réserves non distribuées. Autant dire que la marche arrière coûte presque aussi cher que la marche avant.
Les pièges à anticiper avant de se décider
La fiscalité de sortie devient beaucoup moins avantageuse. À l’IS, la revente du bien relève du régime des plus-values professionnelles, sans les abattements pour durée de détention dont bénéficie normalement un particulier à l’IR (exonération totale d’IR après 22 ans de détention, de prélèvements sociaux après 30 ans). Pour une stratégie de détention longue en vue de transmission, ce basculement peut donc s’avérer contre-productif.
Les bénéfices distribués changent de nature. Ce qui était auparavant un revenu foncier devient, à l’IS, un dividende soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30 % (ou, sur option, au barème progressif), une fiscalité qu’il faut comparer avec attention à celle qui prévalait avant.
Le formalisme comptable et déclaratif se renforce durablement. Au-delà du dépôt initial dans les 60 jours, la SCI à l’IS doit désormais tenir une comptabilité commerciale complète et produire ses déclarations annuelles dans les mêmes conditions qu’une société classique.
En résumé
Basculer une SCI de l’IR à l’IS peut représenter une réelle opportunité d’optimisation, notamment pour les associés fortement imposés ou qui gèrent un parc locatif sur le long terme. Cependant, cette décision engage durablement la société, dans la mesure où elle déclenche une imposition immédiate, ou différée sous conditions, des plus-values latentes, et devient irrévocable après cinq exercices.
C’est pourquoi ce type d’arbitrage ne devrait jamais être pris sans une simulation chiffrée précise, intégrant à la fois l’économie d’impôt espérée à l’IS et le coût fiscal probable en cas de revente ou de transmission future.
Faites-vous accompagner par un expert-comptable avant toute décision : KER pourra vous aider à chiffrer précisément l’impact de chaque scénario et vous aider à choisir le bon moment pour basculer ou pour rester à l’IR.












